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Une certaine euphorie règne en ce mois de février à Puerto
Ayacucho, la capitale de l’Etat sud occidental d’Amazonas,
au Venezuela. Par petits groupes, hommes et femmes en tenue
traditionnelle ont convergé de tout le bassin de l’Orénoque
pour représenter leurs communautés à la première assemblée
du « peuple des rivières », les Ye’Kuana, l’un des 35
peuples originaires existant au Venezuela. Un évènement
justifiant amplement un trajet de plusieurs jours de pirogue
pour atteindre la capitale régionale.
« Nous sommes en train de vivre un moment historique,
s’enthousiasme Mercedes Maldonado. Pour la première fois,
nous allons pouvoir discuter tous ensemble de ce que nous
voulons pour notre peuple, nos terres et nos rivières ».
Mercedes, que ses frères Ye’Kuana appellent en réalité
Dinamayu, est membre depuis deux ans du comité de direction
de l’Organisation Régionale des Peuples Indiens d’Amazonas (ORPIA).
Une organisation chargée de la promotion des droits des 19
ethnies qui existent dans cette région, où la très grande
majorité de la population est d’origine indigène. « Nous ne
pourrons pas traiter de tous nos problèmes en une seule fois,
admet Mercedes. C’est pour cela que nous allons commencer
par nous attacher à la démarcation de nos terres. C’est le
plus urgent car un Ye’Kuana sans terre n’est pas un Ye’Kuana.
Pour nous, la terre est sacrée et nous devons la protéger ».
Carte en main, shamans et caciques [1].
des différentes communautés Ye’Kuana d’Amazonas
s’attacheront ainsi pendant trois jours à tracer les limites
topographiques de leurs espaces. Une aide précieuse
sollicitée par le gouvernement vénézuélien à travers la Loi
organique des Peuples et Communautés Indigènes publiée un
mois auparavant [2].
« On a
toujours décidé à notre place.
Avec la nouvelle Constitution, nous, les peuples originaires,
pouvons enfin décider de notre destin. Et faire reconnaître
nos droits sur ces terres que l’on tente de nous spolier
depuis des siècles ».
Plus de 500 ans après la conquête du pays par les Européens,
les peuples originaires du Venezuela peuvent en effet, pour
la première fois, faire valoir leurs droits.
Retour sur l’histoire d’une spoliation
Les fondateurs de la première République vénézuélienne
s’étaient préoccupés de la population indigène du pays : la
Constitution de 1811 les reconnaissait comme des citoyens
égaux aux autres, et leur droit sur leurs terres avait une
valeur constitutionnelle. Mais ces idéaux furent
progressivement violés au cours du 19ème siècle par une
société créole triomphante et en plein essor.
Faisant valoir sa gloire d’avoir libéré le Venezuela du joug
espagnol et profitant de la méconnaissance des indiens quant
à la langue et aux lois de la société créole, cette dernière
s’emparera peu à peu de la majorité de leurs terres.
Effectuées tout d’abord par la force et la violence, ces
spoliations pourront bientôt s’appuyer sur la loi. Les
terres reconnues comme indiennes deviennent en effet des « réserves »
(lois de 1884, 1895 et 1904), tandis que seuls les peuples
vivant dans la Guajira, au nord-ouest du pays, et dans
l’Amazonie, sont reconnus comme tels. Partout ailleurs, les
terres seront qualifiées de « friches » et expropriées. Les
bases des latifundios [[3],
qui existent encore aujourd’hui dans le pays, se mettent
ainsi en place. Spoliées de leurs terres, de nombreuses
ethnies des plaines se verront contraintes de migrer dans
les faubourgs des villes, tandis que les autres se
réfugieront dans les zones géographiques difficiles d’accès.
Assimilés par la suite à de simples paysans (article 77 de
la Constitution de 1961), ce n’est que dans les années 80
que la spécificité des Indiens du Venezuela commencera à
être prise en considération. Mais pour Gladys Gonzales,
originaire du peuple Wayuu de l’Etat de Zulia et professeur
à l’Université Bolivarienne de Caracas, ces premières
avancées ne changèrent pas fondamentalement le statut des
Indiens du Venezuela [[4].
“Il y a 20 ans, a été adopté au Venezuela le décret 283 sur
l’éducation interculturelle bilingue.
Mais ce ne
sont pas les Indiens qui ont élaboré ce projet, ce sont les
anthropologues. Ce sont eux qui nous ont dit comment nous
devions écrire notre langue. Nous n’avions pas d’alphabet,
notre langue est totalement orale. Les anthoropologues
pensaient à notre place, visitaient nos communautés pour,
dans le cas de certains d’entre eux, coucher avec nos
soeurs. Et ils sont devenus très riches grâce aux photos
qu’ils ont pris de nos peuples, en montrant notre nudité et
notre spriritualité.
Et nous ? nous sommes restés dans la pauvreté.”
Les dernières décennies restent en effet marquées par la
dominante de politiques officielles indigénistes : plutôt
que de reconnaître la spécificité des communautés indiennes,
il s’agit de les incorporer à la vie générale du pays, en
leur apportant protection et assistance sociale face à leur
apparent retard et fragilité. Une assistance procurée la
plupart du temps selon les normes des missions religieuses,
celles-ci étant souvent les seules à opérer dans les
territoires reculés habités par les peuples originaires.
De
fait, ce sont ces missions qui recevront les aides
économiques attribuées par les différents gouvernements aux
communautés indiennes du pays.
Dans de nombreux cas, les missionnaires interdiront les
pratiques traditionnelles tels les rites shamaniques, et ce,
en dépit de leur dimension médicinale.
Face à ces pressions, de nombreuses communautés n’auront
d’autre choix que celui d’abandonner leurs terres. Autour de
la capitale régionale de l’Etat d’Amazonas, Puerto Ayacucho,
les communautés indiennes se sont ainsi multipliées,
celles-ci préférant s’y réfugier et y vivre selon leurs
traditions que de continuer à subir l’autorité des
missionnaires.
La Constitution Bolivarienne de 1999, un “acte de justice”
En mars 1998, alors qu’il n’est encore que candidat à la
présidence du Venezuela, Hugo Chavez signe un « Acte
d’engagement » mieux connu comme « Un engagement pour
l’Histoire ». Il s’agit d’une série de promesses faites aux
peuples originaires du pays, dans laquelle il prend « publiquement,
nationalement et internationalement, l’engagement de solder
la dette » historique de l’Etat à l’égard de cette
population. « Une fois élu, se rappelle Gladys Gonzales,
nous lui avons rappelé sa parole. Et c’est là qu’a commencé
la lutte pour la Constituante, pour que nous soyons reconnus
comme peuples à part entière, ayant des droits spécifiques,
et que l’on reconnaisse également notre droit de participer
à la vie nationale”.
Une fois élu, Hugo Chavez convoque en effet un référendum
pour permettre à la population vénézuélienne d’exprimer son
accord ou son désaccord quant à la convocation d’une
Assemblée Nationale Constituante. Après un vote largement en
sa faveur, 131 délégués sont élus dans l’ensemble du
territoire pour y siéger comme constituants. Parmi eux, 3
représentants des peuples et communautés indiennes du pays,
élus par 330 délégués issus de l’ensemble des peuples
originaires du Venezuela. Réunis lors d’un congrès à Ciudad
Bolivar, ces derniers se sont accordés sur les propositions
à exposer pour l’élaboration de la future Constitution. Des
propositions qui n’iront pas sans susciter de longs débats
au sein de l’Assemblée...
Les revendications des peuples originaires seront en effet
dénoncées par certains délégués comme susceptibles de porter
gravement atteinte à la souveraineté et à l’intégrité de la
nation. Ceux-ci brandiront notamment les risques d’une
définition de la société vénézuélienne comme
« multiethnique » et des Indiens comme « peuples » à part
entière.
Alléguant
le danger d’une possible sécession indienne, ils
s’opposeront également à ce que leurs « dialectes » soient
reconnus comme des « langues », et leur justice coutumière
comme un système judiciaire propre. Des rejets de principe,
ayant surtout pour toile de fond deux des principales
revendications des peuples originaires : que l’on
reconnaisse leurs droits originaires sur leurs terres
ancestrales, ainsi que leurs droits à contrôler les
ressources naturelles présentes sur ces dernières.
La majorité des constituants ne sera pas moins convaincue de
la légitimité de ces demandes et en dépit de la campagne
alarmiste, le chapitre « Droits des peuples indiens » sera
approuvé en première instance par l’Assemblée Constituante
le 3 novembre 1999. Il constituera la matrice du chapitre 8
de la Constitution Bolivarienne du Venezuela, approuvée par
référendum le 15 décembre 1999.
Pour la première fois, les droits inaliénables des “peuples
originaires” du pays sont reconnus. La nouvelle Constitution
pose les bases d’un développement équilibré des ethnies
survivantes, en reconnaissant leurs coutumes, leur culture
et leur cosmovision. Le droit à une “éducation
interculturelle bilingue” intégrant la langue maternelle,
l’incorporation de la médecine traditionnelle au système
national de santé, comme la reconnaissance de systèmes de
juridiction propre ont désormais valeur constitutionnelle.
Et surtout, l’Etat, à présent défini comme “multiethnique,
pluriculturel et multilingue”, reconnaît enfin aux
communautés indiennes le droit à la propriété collective de
leurs terres.
Pour Luis Jesus Bello, avocat spécialisé dans la défense des
droits de l’homme et des Indiens en particulier, « la
Constitution vénézuélienne est l’une des seules au monde
ayant inclus – de manière innovante – la reconnaissance d’un
éventail élargi de droits aux peuples originaires » [5].
Des droits qui, selon lui, comptent autant que la
participation accordée à ces peuples dans l’édiction de
leurs droits. Pour l’avocat, les peuples originaires sont en
effet ainsi « passés d’une situation d’anonymat, de
marginalité et de non reconnaissance de leurs droits
spécifiques à une réalité de participation active dans la
défense de leurs droits et de leur vie collective en tant
que peuples » [6].
Un nouveau modèle d’intervention officielle auprès de la
population indigène se met ainsi en place avec la nouvelle
Constitution vénézuélienne : aux politiques indigénistes se
substitue une politique de reconnaissance et de
participation. Une rupture aux impacts multiples, tant sur
les structures de représentation de l’Etat que sur la
population indienne elle-même.
Impacts politiques, impacts démographiques
La reconnaissance des droits des peuples originaires du
Venezuela aura très vite des impacts politiques majeurs.
Tout d’abord, au niveau de la participation des indiens à la
vie nationale. Pour la première fois de l’histoire du pays,
trois représentants indigènes sont élus lors des élections
législatives de l’an 2000 comme député-e-s de l’Assemblée
nationale, huit autres dans les conseils législatifs des
Etats à population indienne. Une Commission Permanente des
Peuples Indigènes est également créée à l’Assemblée
nationale.
Afin d’accélérer la mise en application des principes
juridiques énoncés dans la Constitution, différents décrets
sont par ailleurs signés depuis la présidence. Ceux-ci
concernent notamment les langues indigènes, l’éducation
interculturelle bilingue ainsi que la démarcation des terres
indigènes. Un programme social spécifique exclusivement
dédié à cette population est créé : la mission Guaicaipuro.
Grâce à elle, près d’un million d’hectares de terres sera en
quelques mois officiellement attribué à des communautés
indiennes. Hugo Chavez prend en outre une décision
symbolique qui aura beaucoup d’échos au sein de la
population indienne : le 12 octobre, qui était jusqu’alors
célébré comme le « Jour de la race » en référence à la « découverte
de l’Amérique » et au métissage issu de celle-ci, est
décrété « Jour de la Résistance indigène ».
Moins attendue, la reconnaissance des peuples originaires et
de leurs droits aura un impact direct sur la population
elle-même. Tandis que le Recensement Indigène de 1992 [7]
témoignait de l’existence d’une population indienne de 315
815 personnes distribuées en 28 groupes ethniques situés
dans 10 des 24 Etats du pays, celui de 2001 [8]
rend compte d’une population indienne d’environ 534 816
personnes distribuées en 35 peuples originaires différents
et réparties sur l’ensemble du territoire national. La
population indienne du pays représente ainsi désormais 2,1%
de la population vénézuélienne totale (estimée à 25 millions
d’habitants). Ont ainsi surgi dans le recensement de 2001,
non seulement une population indigène croissante en termes
numériques, mais aussi un nombre considérable de
« nouveaux » peuples et communautés revendiquant leur
identité.
La reconnaissance des droits des peuples originaires du
Venezuela dans la Constitution de 1999 aura ainsi permis un
« processus d’auto-réaffirmation ethnique et de récupération
d’identité culturelle » (Luis Jesus Bello), de la part d’un
grand nombre de personnes qui avaient choisi d’oublier ou de
masquer leurs origines indigènes dans le précédent contexte
constitutionnel. Soit l’essor d’une « auto-identification
indigène, le renforcement de l’identité individuelle et
collective des peuples existants et la récupération de la
mémoire historique des peuples originaires » (Ibid.).
Donnée importante, la majorité de la population indienne
continue de vivre dans les Etats frontaliers et les zones
géographiques difficiles d’accès, telles les forêts et les
montagnes. Un choix qu’expliquent leur histoire comme la
nécessité de l’autodéfense collective, mais qui ne va pas
sans impliquer toute une série de difficultés dans la mise
en application de ces nouveaux droits.
« On peut
décréter des lois, rappelle Mercedes Maldonado, on peut
reconnaître des droits, mais rien ne changera si nous ne
nous battons pas pour qu’ils soient appliqués ».
D’une société de prédation à une société de droit, une
transformation lente et difficile
En dépit des avancées incontestables que représentent la
Constitution de la République Bolivarienne du Venezuela et
son éventail juridique, les peuples originaires du Venezuela
continuent de subir dans les faits des situations qui
affectent leurs droits fondamentaux et pourraient, à plus
long terme, menacer leur survie, individuelle comme
collective.
Malgré la volonté politique manifeste du gouvernement, la
mise en place des politiques publiques nécessaires à
l’accomplissement de ces droits n’a pas été aussi rapide
qu’attendue. La situation sanitaire reste ainsi précaire
dans de nombreuses communautés difficiles d’accès, tandis
que l’implantation de l’éducation interculturelle bilingue a
souvent été retardée. Continuant de subir une situation
d’abandon socioéconomique et la violence des espaces
frontaliers, de nombreuses communautés continuent de se
réfugier dans les zones urbaines. En dépit du dispositif
juridique en la matière, les difficultés des contrôles dans
certains espaces expliquent aussi que le « droit de
propriété intellectuelle collective » des peuples
originaires sur leurs savoirs traditionnels soit encore
régulièrement violé.
Mais les plus grands défis concernent la mise en pratique de
la reconnaissance des droits des peuples originaires sur
leurs terres ainsi que sur la préservation de leurs
ressources naturelles. Non seulement une grande insécurité
juridique se maintient dans de nombreuses régions en raison
des failles et retards du processus de démarcation de leurs
territoires, mais surtout de nombreuses communautés sont
toujours la proie de projets publics et privés ayant des
impacts sur leur intégrité tant environnementale
qu’économique, sociale et culturelle.
L’activité minière illégale continue ainsi ses dommages
(Etats de Bolivar et d’Amazonas en particulier) mais elle
n’est pas la seule. A l’exploitation des hydrocarbures du
Delta de l’Orénoque, s’ajoute en effet une exploitation
intensive du charbon dans l’Etat de Zulia où vivent
certaines des plus grandes communautés indiennes du pays.
L’Etat vénézuélien lui-même n’est pas exempt de
contradictions : dans ce dernier cas, l’entreprise publique
Carbozulia partage les mêmes torts que les multinationales
opérant dans la région, telles Vale do Rio Doce (Brésil),
Anglo American (Afrique du Sud-GB), Shell (Hollande-GB),
Ruhrkohle (Allemagne) et Chevron-Texaco (Etats Unis).
Mais pour de nombreux indiens comme Mercedes, la faute n’en
incombe pas directement à Hugo Chavez. « C’est,
indiscutablement, le président qui s’est le plus occupé de
nous. Il nous en avait fait la promesse et il continue de la
tenir ». Récemment, l’expulsion de la mission « Nouvelles
Tribus » leur en a fourni une nouvelle fois la preuve.
Un cas, l’expulsion des « Nouvelles tribus »
« C’est un ordre : les dites "Nouvelles tribus" doivent s’en
aller du Venezuela », déclarait le chef de l’Etat
vénézuélien le 12 octobre 2005, à l’occasion du "Jour de la
résistance indienne". « Nous ne voulons pas de "Nouvelles
tribus" ici, nous sommes une vieille tribu, il y en a assez
de la colonisation ». Le président Hugo Chavez ordonnait
ainsi l’expulsion de missionnaires évangéliques américains
du mouvement "Nouvelles tribus", installés dans des régions
à forte population indienne, les accusant d’envoyer des
informations stratégiques au gouvernement états-unien.
Créée en 1942 par Paul Fleming, avec un siège principal à
Stanford en Floride, cette organisation existe aujourd’hui
dans 17 pays sur les 4 continents [9].
Liée au Summer Institute of Linguistics [10],
elle serait entrée clandestinement en 1946 au Venezuela, en
obtenant en 1952, sous la dictature de Marcos Pérez Jiménez
(1952-58), un permis de 6 mois. Ses activités, menées auprès
d’une trentaine de communautés indiennes par quelques 160
missionnaires, étaient depuis plus de trente ans dénoncées
aussi bien par des associations écologiques et des ONGs
vénézuéliennes de défense des droits de l’homme, que par des
membres de l’Eglise catholique et des officiers des Forces
Armées. D’après leurs enquêtes, celles-ci, sous prétexte
d’exercer un travail d’évangélisation, servaient en réalité
de façade pour l’exploitation illimitée et illégale des
ressources naturelles présentes en territoires indiens.
Ceci, au profit de compagnies nord-américaines comme General
Dynamics et Westinghouse, elles-mêmes liées à l’industrie
militaire et au constructeur automobile Ford. D’après
l’ancien congressiste Alexander Luzardo, cette organisation
compterait à cette fin une flotte d’aviation, une trentaine
de pistes d’atterrissage dans le pays, ainsi qu’un puissant
réseau de télécommunications.
Plus grave, l’organisation est accusée de s’être servi de
communautés entières, Yanomami entre autres, pour des
expérimentations génétiques.
Contraints de survivre dans les endroits les plus reculés,
certains peuples originaires du Venezuela occupent, de fait,
des espaces échappant à la vigilance des pouvoirs publics.
Et parmi eux, certaines des plus grandes réserves minérales
et biologiques du pays. Les principaux Etats indigènes du
pays (Amazonas, Bolivar et Zulia) abritent en effet des
réserves considérables et stratégiques (uranium, or,
charbon, métaux précieux, plantes médicinales) qui en ont
fait, et continuent de faire, l’objet des velléités de
groupes économiques nationaux et étrangers. Leur combat pour
la reconnaissance de leurs droits sur ces espaces sera donc
certainement long et dur à mener. Dans ce contexte,
l’expulsion des Nouvelles tribus est considérée comme une
première victoire sur une prédation jusqu’ici incontrôlée
des espaces de survie des communautés indiennes du pays.
Pour une reconnaissance plus ample des droits des peuples
indigènes
Les voix des peuples indigènes du Venezuela n’ont donc pas
fini de se faire entendre.
Le 7 juin dernier, plusieurs centaines de représentants des
ethnies de tout le pays se sont ainsi rassemblés à Caracas
pour participer à une « Première Marche Nationale des
Peuples Indigènes ». Réalisée sous l’égide du Conseil
National Indigène de la République Bolivarienne du Venezuela
(Conive), cette « invocation à la vie et pour plus de
révolution dans la Abya Yala (l’Amérique) » avait comme
premier objectif de rappeler la solidarité des peuples
originaires du pays avec leur président Hugo Chavez. Une
manifestation de fidélité au chef de l’Etat dans un contexte
où certaines communautés feraient l’objet de tentatives de
manipulations de la part de secteurs hostiles au
gouvernement [11].
Au-delà des revendications officielles, cette marche fut
également une démonstration du pouvoir de mobilisation des
communautés indiennes depuis la base. Et l’occasion de
rendre visible l’existence de certaines, pas encore
reconnues comme telles par les pouvoirs locaux. Comme
l’explique Dario Fernandez, shaman Wayuu de l’Etat de
Mérida, « Les peuples indigènes du Venezuela ont connu
beaucoup d’avancées ces dernières années. Mais dans notre
Etat, les autorités refusent toujours de reconnaître
l’existence de huit communautés indiennes, ce qui nous prive
non seulement de la possibilité de revendiquer la
démarcation de nos terres, mais également d’avoir des
représentants élus au sein de nos institutions ».
La question de la représentation se pose en effet
aujourd’hui dans de nouveaux termes, et ce à tous les
niveaux de l’Etat. La reconnaissance de l’existence d’un
nombre croissant de peuples et communautés indigènes a eu
pour corollaire de susciter de nouvelles revendications au
sein de la population indienne du pays. C’est en tout cas la
position que défend Pablo Martinez Romero, cacique d’une
communauté Yukpa près de Valencia : « Le problème c’est que
chaque peuple a sa langue, sa culture, ses coutumes. Pour
sortir les peuples originaires de la misère, il faut
accorder à chacun d’eux un représentant qui puisse défendre
leurs intérêts.
Trois
députés à l’Assemblée nationale, c’est insuffisant ».
Les
revendications sont multiples, les attentes immenses. « Nous
sommes là pour appuyer notre Président, poursuit Pablo, mais
aussi pour défendre nos droits. Toute notre vie nous avons
été dominés par des personnes qui ne sont pas indigènes.
Cette époque est finie. Depuis le début de son mandat, Hugo
Chavez nous encourage à réclamer nos droits.
On se
battra jusqu’au bout pour les défendre ».
Johanna Lévy
Socióloga
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